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Evasion des capitaux du continent Afrique

08/04/2010 à 11h:37 Par Samir Gharbi
Une enquête publiée à la fin du mois de mars révèle que plus de 1800 milliards de dollars sont sortis du continent depuis 1970. En toute illégalité.

C'est une gangrène économique qui affecte tous les pays sans exception. Mais quand la fuite des capitaux touche des États déjà très pauvres, elle cause des ravages plus grands encore. Pour la première fois, une équipe de chercheurs, dirigée par Dev Kar et Devon Cartwright-Smith, deux spécialistes en la matière, a passé au crible les comptes financiers (balance des paiements et commerce extérieur) des cinquante-trois pays africains pour tenter d'évaluer l'ampleur de ces mouvements de fonds et la quantité d'argent qui s'est évaporée. Leur étude, qui a bénéficié du soutien de la Banque mondiale, du Fonds monétaire international (FMI) et du Global Financial Integrity (GFI, pour lequel ils travaillent), est d'autant plus passionnante qu'elle porte sur une longue période?: 1970-2008, soit trente-­neuf ans.

En 44 pages bien tassées, le rapport donne des résultats globaux avant de les détailler par pays. Il est tombé comme un pavé dans la mare en pleine conférence des ministres africains des Finances, qui se tenait à Lilongwe (Malawi), les 29 et 30 mars. Il figurera surtout à l'ordre du jour du sommet du G20 à Toronto, au Canada, les 26 et 27 juin prochain. Car la traque de l'argent sale concerne aussi bien les pays émetteurs que les pays récepteurs.

Le « trou noir » est évalué à 1?800 milliards de dollars, soit près de 50 milliards de dollars par an. Ce qui représente sept fois le montant de la dette extérieure du continent (qui était de 250 milliards de dollars à la fin de 2008) et l'équivalent de près de deux années de produit intérieur brut africain. Cette évaluation prend en compte les fuites de capitaux liées aux investissements (transferts clandestins de dividendes, évasion fiscale, détournement de l'aide et de fonds publics), ainsi que les échanges de marchandises (surfacturation des produits importés et sous-facturation des exportations, la différence entre la valeur réelle et la valeur déclarée atterrissant sur des comptes secrets). Mais, avertissent les auteurs, l'évaluation n'inclut évidemment pas les fuites dont on n'a aucune trace écrite?: trafic de drogue, contrebande (diamant, or, minerais rares, pétrole…), prostitution, marchandises hors douane…

Le « cas » nigérian

Sur les 1?800 milliards de dollars, les auteurs ont pu recenser 854 milliards, année par année et pays par pays, grâce à l'analyse des comptes extérieurs qu'ils ont recoupés avec ceux des partenaires commerciaux des États du continent. Le reste n'a pu être réparti selon les mêmes méthodes en raison de la complexité des transactions impliquant simultanément plus de deux pays.

« Cette enquête est une nouvelle munition dans le combat contre la pauvreté, explique Raymond Baker, directeur du GFI et auteur d'un ouvrage remarquable sur le sujet*. Tant que l'Afrique continuera à perdre un volume aussi massif de capitaux, le développement économique et la prospérité resteront des chimères. »

L'analyse détaillée des 854 milliards de dollars montre que ce sont les plus grands pays qui pâtissent le plus du fléau. Le Nigeria arrive en tête, avec 241 milliards de dollars pour la période 1970-2008, suivi par l'Égypte (131 milliards), l'Afrique du Sud (76), le Maroc (41) et l'Algérie (35). Les cinq pays d'Afrique du Nord représentent 30 % du total (232 milliards), contre 70 % pour les quarante-huit pays d'Afrique subsaharienne.

Le cas du Nigeria a été le plus médiatisé. Et pour cause?: l'argent détourné par le général Sani Abacha et sa famille entre 1993 et 1998 est estimé à plusieurs milliards de dollars. En 2005, l'État nigérian n'avait récupéré que 458 millions de dollars sur leurs comptes secrets ouverts en Suisse. Certes, à la fin de novembre 2009, 350 millions supplémentaires ont été gelés sur les comptes helvétiques d'Abba Abacha, l'un des fils du dictateur déchu. Mais on ignore toujours où sont cachés les milliards restants.

Obama en première ligne

D'autres potentats, présidents, ministres, hauts fonctionnaires, hommes d'affaires ont profité de leur pouvoir pour siphonner une partie de l'argent du contribuable et le rediriger vers des comptes à l'étranger en toute tranquillité. Notamment dans ces paradis fiscaux que, depuis la crise de l'automne 2008, les dirigeants des sept plus grandes puissances économiques de la planète (le fameux G7) vouent aux gémonies et promettent d'éliminer.

Le président Barack Obama est monté en première ligne dans cette guerre qui concerne aussi son pays. Selon les estimations de l'administration américaine, le manque à gagner fiscal des États-Unis (dû à la fuite des dividendes et autres revenus) s'élèverait à 100 milliards de dollars par an. Le volume des avoirs américains non déclarés à l'étranger est, lui, évalué à 1?000 milliards de dollars. En vertu d'une loi approuvée le 18 mars par Barack Obama, les institutions financières internationales opérant aux États-Unis verront désormais leurs activités taxées de 30 % si elles ne déclarent pas le contenu des comptes ouverts chez elles à l'étranger par des citoyens américains.

Les pays africains gagneraient, à l'instar de Washington, à lutter efficacement et publiquement contre l'évasion de capitaux. Les administrations chargées de cette lutte doivent faire preuve­ d'intégrité, de neutralité et d'une bonne dose de courage. Elles risquent bien évidemment de se heurter à des intérêts puissants et à bon nombre de personnalités?: responsables politiques et leurs proches, hommes d'affaires, douaniers, policiers, agents du fisc… Autant d'intouchables qui échappent jusqu'à présent à la justice.

Source: www.jeuneafrique.com

Importance des petites et moyennes entreprises.

L'Inde a récemment attiré l'attention du monde entier en raison de sa croissance rapide. Il existe un large consensus selon lequel le pays doit continuer à se développer rapidement, si possible encore plus vite qu'aujourd'hui, s'il souhaite parvenir à éradiquer la pauvreté. Il est également admis que cette croissance doit être mieux partagée. Les facteurs qui peuvent contribuer à une croissance plus rapide et plus équitable sont : la création d'emplois, l'accroissement de la productivité, le développement des compétences et une l'amélioration de l'éducation.

Un secteur des PME dynamique peut jouer un rôle majeur en termes de création d'emplois et de croissance économique. Il est capable de fournir des emplois à 70 % des personnes qui continuent à travailler dans le secteur agricole. Les PME ont pour effet de stimuler les secteurs de l'industrie et des services, qui jouent un rôle central dans la capacité du pays à atteindre et maintenir une croissance vigoureuse et un taux d'emploi élevé.

Résidus médicamenteux dans l'eau: quels effets?

19/03/2010 par Anne Farthouat
Avec plus de 3300 médicaments humains et vétérinaires mis sur le marché, la France est le plus gros consommateur de médicaments en Europe. Or, cette surconsommation n'est pas sans conséquences sur l'environnement, et sur la santé humaine. Car ces résidus se retrouvent dans les eaux usées, et les stations d'épurations ne sont pas conçues pour les éliminer.
En 30 ans, les dépenses des Français consacrées aux médicaments ont augmenté de 450%. Consommées à domicile ou en hôpital, ces molécules thérapeutiques se retrouvent in fine dans les eaux usées. Et leur concentration ne cesse de croître. Comme le souligne le docteur Patrice Halimi, secrétaire général et co-fondateur de l'Association Santé Environnement France, « aujourd'hui, avec le développement de l'hospitalisation à domicile et de l'auto-médicamentation, tout le monde est potentiellement émetteur de résidus médicamenteux. Du coup, on retrouve, à la sortie des stations d'épuration, des traces d'antibiotiques, de béta-bloquants, d'antidépresseurs, d'anti-inflammatoires... ».
Les trois types de molécules les plus présentes dans nos cours d'eau sont en fait les œstroprogestatifs, conséquence de la consommation croissante de pilules contraceptives, les tranquillisants, la France étant le plus gros consommateur d'antidépresseurs au monde, et les anti-cancéreux, du fait du développement de l'hospitalisation à domicile. Or, non seulement ces médicaments sont conçus pour être actifs à faible dose, mais en plus, ils présentent une biodégradabilité très variable (de 10 à 90%). Autrement dit, leur présence dans les eaux, même à faible concentration, peut s'avérer toxique sur le long terme. D'après Patrice Halimi, la communauté scientifique et les pouvoirs publics intègrent peu à peu cette nouvelle donne : « on sort d'une logique de pollution aigüe à une logique d'imprégnation permanente. » D'ailleurs, plusieurs études scientifiques soulignent déjà l'impact de ces cocktails de molécules sur la faune et la flore aquatiques, certaines espèces présentant une féminisation de leurs caractères sexuels.

Développer la connaissance scientifique.

En revanche, l'effet sur la santé humaine reste mal connu. Or, Patrice Halimi en est convaincu : « il faut que les spécialistes de l'eau, les médecins et les vétérinaires se rencontrent et échangent leurs savoirs ». Dans le cadre du deuxième Plan National Santé Environnement, les pouvoirs publics se sont donc engagés à « améliorer la connaissance et réduire les risques liés aux rejets de médicaments dans l'environnement. » Au point d'élaborer un plan spécifique, le Plan National sur les Résidus Médicamenteux (PNRM), dont le comité de pilotage a été mis en place fin novembre 2009. Chapeauté par les ministères en charge de la santé et de l'environnement, ce comité rassemble effectivement les agences sanitaires françaises, les ordres nationaux des pharmaciens, médecins et vétérinaires, les fédérations d'établissements hospitaliers, mais aussi des associations de consommateurs et de protection de l'environnement. Également associé à ce comité, le Leem, syndicat national des entreprises du médicament, collabore avec l'Afssa* et l'Afssaps sur des travaux de recherche. Claire Sibenaler, chargée de mission sur les résidus médicamenteux, en témoigne : « nous sommes auditionnés par les agences sanitaires, et nous sollicitons les industriels adhérents au Leem pour qu'ils exposent leurs pratiques. Par ailleurs, certains d'entre eux financent des thèses de recherche sur les résidus médicamenteux. »

Organiser le recyclage.

Déjà en 1993, le Leem avait mis en place, sous l'impulsion réglementaire, le dispositif Cyclamed pour récupérer et incinérer les médicaments non utilisés. Soumis à une nouvelle réglementation qui oblige les producteurs à collecter et valoriser les « déchets d'activités de soins à risque infectieux » (DASRI), notamment utilisés par les diabétiques, le Leem travaille donc à la création d'un éco-organisme spécifique. Mais comme le souligne Delphine Caroff, chargée de mission RSE, « ces obligations réglementaires de plus en plus contraignantes ont un coût. Or, nous sommes le seul secteur en France à être soumis à un prix administré, donc tous les coûts environnementaux sont supportés par les entreprises. » Un appel à la mise en place d'aménagements économiques.

Renforcer les critères d'autorisation pour la vente de médicaments ?**

Mais pour Patrice Halimi, il est également nécessaire de « faire de la biodégradabilité un véritable critère d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour les entreprises du médicament. » L'impact environnemental des médicaments est effectivement pris en compte dans les procédures d'AMM, puisque depuis 2006, tous les nouveaux médicaments européens doivent répondre à une évaluation éco-toxicologique élaborée par l'European Medicines Agency. Pour autant, comme l'explique Claire Sibenaler, «cette évaluation n'est pas un critère déterminant pour l'obtention de l'AMM : les autorités peuvent valider l'AMM quels que soient les résultats ». Tout au plus exige-t-elle des mesures de précaution, telles que l'incitation à retourner les médicaments non utilisés à la pharmacie pour incinération.


Le coton a la cote.

LE MONDE du 06.03.10 .  Le coton serait-il de retour, lui qui a rudement pâti de la crise et de la chute des exportations de textiles chinois vers des pays industrialisés tombés en catalepsie ? Cela y ressemble fort, le prix de la fibre de "l'arbre à laine" ayant progressé de quelque 25 % en cinq semaines. A New York, la livre pour livraison en mai a poussé au-delà de 83 cents de dollar, pour retomber à 82,43 cents, vendredi 5 mars. Rappelons qu'elle était tombée à 64 cents à la mi-octobre 2009.
 
"Pour une fois, se félicite Didier Mercier, directeur général du négociant Copaco, les cours sont en symbiose avec les fondamentaux cotonniers et pas mus par la spéculation !" Le Conseil consultatif international du coton (CCIC) prévoit que la consommation mondiale de coton fibre passera de 23,2 millions de tonnes durant la campagne 2008-2009 à 27 millions en 2009-2010.

Un regain de bon aloi

Les analystes du ministère américain de l'agriculture jugent que ce regain est de bon aloi et voient dans le coton une des hirondelles qui annoncent le printemps de la reprise. "La forte progression de la demande de coton est caractéristique des périodes de relance, la reconstitution des stocks étant amplifiée par le rebond de la demande finale", assuraient-ils en février.

On s'attendait que les fêtes du Nouvel An mettent un frein aux achats dans l'empire du Milieu, premier consommateur mondial de coton. La demande chinoise n'a pas faibli du tout. Mais le marché est perturbé par l'incapacité où se trouvent les champs de cotonniers de répondre à une demande en train de redevenir vigoureuse.

Crise et météo ont réduit la production de la Chine, premier producteur mondial. Celle des Etats-Unis a subi aussi un net recul, car les agriculteurs ont jugé plus rémunérateur de remplacer leurs arbustes par du soja ou du maïs, dopés par la fabrication de l'éthanol qui entre de plus en plus dans le supercarburant. Pareil au Brésil.

Et pareil en Afrique de l'Ouest où la production a été divisée par deux en trois ans. "La mauvaise pluviométrie, la baisse des cours et les retards de paiement du coton graine ont convaincu les agriculteurs que cette culture ne payait plus, analyse Didier Mercier. Ils ont donc utilisé les engrais destinés au coton pour les cultures vivrières. La filière cotonnière africaine est en crise."

La contraction de la production mondiale semble donc inexorable : 26,7 millions de tonnes en 2006-2007, 23 millions en 2008-2009 et 22,3 millions en 2009-2010. Ce qui contribue à réduire les stocks en fin de campagne, qui reviendront de 12,3 millions de tonnes, le 31 août 2009 à 10,4 millions, le 31 août prochain.

Un sympathique message à l'adresse des agriculteurs pour qu'ils replantent des cotonniers. Un signal non moins attractif pour les fonds d'investissement qui pourraient être tentés de surcoter le coton, rendant son cours anormalement élevé comme ils l'ont fait avec le cuivre ou le pétrole.

Alain Faujas
 
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