Les nouvelles de la Centrafrique

Coup d'Etat déjoué ou Rêve de coup d'Etat?

Mardi 16 Mars 2010 Charly Sorohoul.
L'effet d'annonce qu'a voulu provoquer le frère d'armes du Général François Bozizé, ci-devant ministre de la Sécurité Publique, le Général Ouandé, dans l'opinion publique nationale et internationale, n'a pas produit les effets escomptés.

En déclarant avec fracas, lors d'un point de presse tenu en son Cabinet, que le gouvernement centrafricain venait de déjouer un coup d'Etat, le ministre Ouandé pensait qu'il allait allier à la cause du régime de son frère d'armes François Bozizé beaucoup de sympathie de la part du peuple centrafricain.

Hélas, la supercherie n'a pas marché, puisque l'on sait qu'il ne s'agit ni plus ni moins que d'un grossier montage de la part du pouvoir qui voulait rendre responsable de ce soi-disant coup d'Etat l'ancien président de la République Ange Félix Patassé, déposé sans aucune autre forme de procès le 15 mars 2003 par l'actuel maître de Bangui, François Bozizé.

Ce dernier vient d'ailleurs de célébrer en grande pompe et sous la barbe du « barbu national », revenu depuis peu à Bangui, le septième anniversaire de son putsch.

A ce propos, le Mouvement de Libération du Peuple Centrafricain (MLPC), présidé par Martin Ziguélé, dernier Premier ministre de Patassé, vient de sortir une fois de plus de sa réserve pour s'indigner d'une telle célébration. Dans son message publié dans nos colonnes (Le Confident n°2376 du 15 mars 2010), le MLPC, sous la plume de son 2ème Vice-président, Jacquesson Mazette, s'est élevé contre cette célébration par Bozizé qui, selon lui, a « choisi de continuer à remuer le couteau dans les plaies de ses compatriotes et du pays… ». Mazette a ainsi profité de la circonstance pour appeler les Centrafricains à avoir une pensée pour les compatriotes qui ont perdu la vie ou leurs biens ce 15 mars 2003-là.

Hold-up électoral
Mais bien au-delà de cette pagaille politico-politicienne, beaucoup sont les compatriotes qui se posent la question de savoir si le pouvoir, par le biais de son ministre de la Sécurité publique, avait les preuves tangibles de cette accusation gravissime portée à l'encontre de certaines personnalités au rang desquelles Ange Félix Patassé, dit « AFP ».

Pour certaines personnalités proches du pouvoir, le moment ne sied pas pour faire des déclarations du genre qui risqueraient de desservir le pouvoir qui a déjà maille à partir avec la communauté internationale. Celle-ci est déjà très réticente sur le projet de hold-up électoral en cours de préparation à Bangui. Car les gesticulations des uns et des autres et les entêtements du président de la Commission électorale, le pasteur Joseph Binguimalé, confirment bien la volonté du pouvoir de frauder lors des prochains scrutins dont on soutient déjà sous cape qu'ils seront remportés haut les mains par l'actuel président dès le premier tour.

Pour ces personnalités, l'annonce faite par le ministre de la Sécurité publique avait deux objectifs : régler les comptes des ennemis politiques du pouvoir et les réduire à néant pour ouvrir le boulevard au président de la République pour sa réélection. Ou bien cette stratégie ne visait qu'à donner un justificatif au pouvoir pour le report des élections, car il est désormais établi que, même par une baguette magique, le pouvoir n'arrivera pas à respecter les « délais constitutionnels » sur lesquels le président Bozizé se fonde pour éviter une transition désormais inévitable.

Les proches du Chef de l'Etat soutiennent même que, si le ministre de la Sécurité publique, Jules Bernard Ouandé, pourtant Général de son état, était un bon stratège, il aurait pu adresser une note à l'attention du président de la République et le tenir informé de cette situation.

« Taper dans l'eau »
Et à ce dernier de lui montrer la conduite à tenir. Le Général Ouandé n'avait qu'à se tenir tranquille, étant donné qu'il a à sa dispositions toutes les forces de la République ( Forces de Défense et de Sécurité, Police et Gendarmerie nationales, Direction nationale et Documentation pour les renseignements…) et ce qu'il appelle les « Plans d'attaque ».

Quels sont en fait ces militaires qui programment un coup d'Etat qui s'étale sur plus de 5 jours? Il n'ya qu'en Centrafrique que de telles aberrations peuvent se soutenir par un ministre de la Sécurité publique. Même les civils, qui ne savent pas manier les armes, savent qu'un coup d'Etat se prépare dans l'ombre et, lorsqu'il est question de passer à l'acte, c'est une action rapide, précise et déterminée envers des cibles préalablement choisies. A moins que Ouandé nous dise le contraire en nous démontrant par A+B que ce qu'il vient de présenter fait partie des nouvelles stratégies de coup d'Etat ou, encore mieux , des coups d'Etat modernes dont la République Centrafricaine a eu l'honneur d'en être un « champ expérimental ». Une annonce qui, en effet, n'a eu d'intérêt que pour son auteur, visiblement désavoué, car ayant cette fois-ci « tapé dans l'eau ».

Donner le frisson aux gens
Pour Ange Félix Patassé, frontalement indexé, ce coup d'Etat n'est autre que le fruit d'un pur mensonge d'Etat visant à le présenter comme le cerveau patenté de cette stratégie machiavélique et lui barrer la route de sa « victoire » au premier tour des prochaines consultations électorales. C'est dire donc que la peur, pour ne pas dire la trouille, s'est emparée de l'actuel locataire du Palais de la Renaissance qui a perdu le sommeil depuis que le « Barbu National » a décidé de rentrer au bercail et de reconquérir son « fauteuil divin » de président de la République. On pourrait même dire que le pouvoir hallucine d'un coup d'Etat et c'est normal, puisqu'on peut leur trouver des excuses tant ils sont englués par les festivités du septième anniversaire du coup d'Etat qui porta François Bozizé au pouvoir.

Et comme se demandent les Centrafricains, Jules Bernard Ouandé voulait-il faire du sensationnel pour plaire à son frère d'armes ou bien rêverait-il d'un coup d'Etat ?

S'il rêve d'un coup d'Etat, il n'a qu'à bien se tenir et comprendre que les Centrafricains en ont marre des coups d'Etat. Ils ont besoin d'un semblant de paix pour amorcer petit à petit le développement de leur pays. Se lever un beau matin et faire une déclaration qui donne le frisson aux gens et qui rappelle les sombres souvenirs de notre histoire, c'est manquer de respect vis-à-vis du peuple. Et comme nous l'avions toujours dit, le mensonge finit toujours par desservir son auteur. Et le mensonge d'Etat, comme le dirait Patassé, court très vite et finit toujours par se faire rattraper par la vérité car, cette vérité, quoiqu'il en soit, finira par se savoir un jour.


Source : http://www.leconfident.net




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