Actualités économiques de la Centrafrique.

L'incidence de la crise financière internationale vue par le Représentant résident du FMI en RCA. 

M. Joseph NTAMATUNGIRO, Représentant Résident du Fonds Monétaire International (FMI) à Bangui, nous parle de l'impact et des conséquences de la crise financière internationale sur l'Afrique en général et la République Centrafricaine en particulier. C'est un intellectuel rompu aux arcanes de la finance internationale, mais aussi et surtout un homme de terrain qui s'exprime dans les colonnes du CONFIDENT dans un langage accessible à tous. Interview...

Le Confident : Monsieur le Représentant Résident, voudriez-vous vous présenter succinctement à nos lecteurs ?

M. Joseph NTAMATUNGIRO : De nationalité rwandaise, je suis économiste au FMI depuis 17 ans. Avant d'arriver à Bangui la mi-octobre 2007, j'avais travaillé sur d'autres pays en Afrique (Guinée Conakry, Gambie, Tchad, Cameroun, Gabon), au Moyen Orient (Jordanie) et en Asie (Cambodge).

Selon Antoinette M. Sayeh, Directrice du Département Afrique, « la crise financière mondiale touche l'Afrique subsaharienne de plein fouet » (Le Confident n° 2063 du 18 – 2 – 2009). Comment cela se traduit-il concrètement pour la RCA ?

Effectivement, dans sa communication qui a paru dans vos colonnes, Mme Sayeh souligne que la crise financière mondiale touche l'Afrique subsaharienne de plein fouet. Cela se traduit par une forte décélération de la croissance, une détérioration de la balance des paiements due notamment à la réduction des prix de matières premières et du volume des exportations africaines, ainsi que de fortes pressions sur le budget de l'État. En l'absence de réponses appropriées, la crise mondiale risque d'annihiler les gains durement acquis par les pays africains au cours des dernières années, pendant lesquelles ils ont mené d'intenses réformes.

Au début de la crise, l'on avait pensé que la crise financière internationale n'affecterait pas l'Afrique, étant donné que l'Afrique est peu intégrée aux grands marchés financiers internationaux. Cependant, la crise financière s'est rapidement transformée en une crise économique, entraînant de grandes conséquences sur l'emploi et les revenus. La baisse d'activité dans les principales économies a eu des répercussions négatives sur les prix et le volume des exportations africaines. Certains pays africains ont également vu baisser les transferts financiers de leurs ressortissants vivant à l'étranger. Par ailleurs, quelques pays ont enregistré une baisse des investissements étrangers.

La crise a frappé la RCA à travers la réduction de ses principales exportations. En 2008, les exportations de bois et de diamant, qui représentent 85 % des exportations totales, ont baissé de plus de 20%. Les usines de bois sont à l'arrêt ou tournent au ralenti, et une partie du personnel a été mise en chômage technique, avec des conséquences négatives sur les revenus et la consommation dans les zones de production, ainsi que des manques à gagner importants sur les recettes de l'État. Ainsi, le taux de croissance du PIB réel est estimé à 2,8%, après avoir atteint 4.2% en 2007. La loi de finances pour 2008 avait tablé sur un taux de croissance de presque 5%. La contraction des exportations se poursuit en 2009, et la croissance économique risque de ne pas dépasser 3%. Dans ce contexte, le gouvernement va connaître de sérieux problèmes dans l'exécution du budget 2009, budget qui avait été établi sur la base d'un taux de croissance de 4.5%.

Les difficultés continueront à se faire sentir davantage au niveau du manque à gagner sur les recettes budgétaires, qui pourrait dépasser l'équivalent de 1% du PIB. Il y a lieu de souligner ici que le gouvernement a récemment répondu positivement à quelques doléances des opérateurs du secteur forestier. Il leur a accordé quelques facilités fiscales, pour les aider à maintenir l'outil de production, en attendant la reprise. En même temps, le gouvernement fait face à d'importantes contraintes de financement. Par ailleurs, étant donné le poids des salaires dans le budget, la marge de manœuvre pour l'État est limitée, car l'ajustement au niveau des dépenses toucherait les dépenses prioritaires. Les options au niveau des autorités seront d'appliquer rigoureusement les réformes en cours visant à renforcer la gestion des dépenses et de la trésorerie, de s'assurer que l'impôt est supporté équitablement par tous les contribuables, en élargissant l'assiette fiscale, et de réduire les exonérations douanières. En fonction des efforts propres du gouvernement dans l'accroissement des recettes intérieures, qui demeurent très faibles, les bailleurs de fonds pourraient accroître leur assistance. Toutes ces options seront discutées lors de la prochaine mission de revue du FMI prévue pour début avril 2009.

Peut-on dire que l'arrimage du franc CFA à l'Euro puisse aider la RCA à supporter le choc de cette crise ?
Comme vous savez, la RCA n'a pas de politique monétaire propre, la politique monétaire étant conduite au niveau régional. Tout ce que je puis dire, c'est que l'appartenance à une zone monétaire crédible constitue une assurance dans des périodes troubles comme celle-ci.

La crise financière mondiale est-elle née aux États – Unis d'Amérique ? Pourquoi ? Quand pouvons-nous espérer qu'elle prendra fin ?

Vous avez raison, la crise financière a commencé aux États-unis, avant de s'étendre au reste du monde. La crise a été causée par un excès d'optimisme sur les perspectives économiques, ainsi que le développement phénoménal des marchés financiers dans un contexte de mondialisation et de sophistication continue des instruments financiers. Aux États-unis, la crise a été précédée par une longue période de prospérité, marquée par une forte croissance économique. La croissance était soutenue par un développement sans précédent de la technologie de l'information et des taux d'intérêt particulièrement bas. La consommation boulimique qui s'en est suivie a été financée par l'épargne des pays exportateurs d'Asie qui accumulaient des excédents extérieurs, au moment où le compte courant de la balance des paiements des États-unis se dégradait considérablement. Le cycle d'expansion a été anormalement long, à telle enseigne que les Américains avaient perdu de vue que l'économie pouvait également entrer dans une phase de contraction. Et comme le reste du monde finançait leurs déficits, ce qui par surcroît permettait de maintenir des taux d'intérêt bas, les opérateurs économiques ont fini par croire en l'avènement d'un monde économique sans contrainte sur les ressources. Cette euphorie a été renforcée par la performance exceptionnelle des marchés financiers, qui a alimenté le développement d'une ingénierie financière inégalée, avec des produits dérivés comportant un effet de levier exorbitant. Les opérateurs économiques ont fini par se laisser convaincre qu'ils pouvaient devenir millionnaires du jour au lendemain.

S'il y a un secteur qui a été marqué par cette frénésie, c'est le marché de l'immobilier, qui traduit par excellence le « rêve américain ». Les taux d'intérêt bas ont encouragé le développement du crédit. Et comme la valeur de l'immobilier allait croissant, il s'est développé une bulle spéculative qui encourageait l'octroi de prêts, étant donné la valeur sans cesse croissante des hypothèques. L'on a également assisté à un développement sans précédent du crédit à la consommation sur la base des plus-values réalisables sur les actifs immobiliers. Le consommateur moyen était sans cesse agressé par une multitude de vendeurs de cartes de crédit. Cette course effrénée s'est faite contre les règles prudentielles de base, soit parce que les organismes de régulation étaient peu regardants, soit parce qu'ils étaient tout simplement dépassés.

Cette bulle basée sur une confiance dans le potentiel économique sans limites a fini par éclater lorsque la confiance s'est évaporée. La chute fut fatale et les débris ont touché le monde entier, étant donné l'imbrication des marchés financiers. La soudaine perte de confiance a entraîné des pertes financières sans précédent et à la bourse et sur le marché du crédit. Les prêteurs sont devenus timides, l'aversion pour le risque étant anormalement élevée. La faiblesse du crédit ne s'est pas limitée au secteur financier ; elle a touché l'activité réelle et la consommation, réduisant la production, l'emploi et les revenus.

La crise a été profonde ; elle ne prendra pas fin rapidement. Partout dans le monde, on s'évertue à mettre en place des plans de relance, visant à faire redémarrer le crédit, la production et la consommation. La réussite de ces plans dépendra de la vitesse par laquelle l'on pourra rétablir la confiance dans le secteur financier et accroître la consommation. Les récentes perspectives macroéconomiques du FMI situent le début de la reprise en 2010.

Quel est le volume de l'assistance technique que le FMI apporte à la RCA pour l'aider à renforcer ses capacités en matière de gestion économique ?

Le FMI appuie la RCA à travers les conseils en matière de politique économique, l'assistance technique et la formation. Il fournit aussi des appuis financiers. L'activité de conseil se fait dans le cadre des consultations statutaires que le FMI entretient régulièrement avec les pays membres sur leurs politiques économiques. En matière d'assistance technique, le FMI envoie régulièrement des experts à la Direction générale des douanes, à la Direction générale des impôts, au Trésor, et à la Direction de la dette. L'Institut du FMI offre également aux cadres de l'administration des cours de perfectionnement de haut niveau en matière de gestion macroéconomique et financière. Enfin, le FMI fournit des appuis financiers à des conditions « douces » à travers la Facilité pour la Réduction de la Pauvreté et la Croissance (FRPC). Dans ce cadre, une FRPC a été approuvée en décembre 2006 pour un montant de 36.2 millions de droits de Tirage Spéciaux (DTS), soit l'équivalent d'environ 54.0 millions de dollars E.U. Les décaissements se font en fonction de la performance des autorités telle qu'évaluée lors des revues périodiques. En 2008, le FMI a décaissé presque 10 milliards de francs CFA en faveur de la RCA. Cette année, les décaissements sont prévus à 4.5 milliards de francs CFA. Par ailleurs, depuis que la RCA a atteint le point de décision au titre de l'Initiative PPTE, le FMI a accordé des allégements de dette à la RCA. Ainsi, en 2008, le FMI a effacé 70.8 % des échéances dues. En 2009, le FMI effacera 96% des échéances dues.

Quels sont les résultats attendus de la conférence que le FMI organise à Dar Es Salam (Tanzanie) les 10 et 11 mars prochains ?

La conférence de Dar es Salam du 10 au 11 mars prochains organisée sous le haut patronage du Directeur Général du FMI et Son Excellence M. Kitwete, Président de Tanzanie, sera l'occasion pour les pays africains d'échanger leurs points de vue sur les meilleurs moyens de faire face à la crise financière mondiale ainsi que sur le rôle que le FMI devrait jouer pour les accompagner. En un mot, il s'agit de voir comment maintenir les succès enregistrés au cours des dernières années dans le contexte de la crise actuelle.

Pensez-vous que la communauté internationale honore aujourd'hui ses engagements en matière d'aide au développement de la RCA ?

Je pense que oui. La communauté internationale a accompagné la RCA dans des moments difficiles de son histoire récente, et poursuit son appui pendant cette période de redressement économique et social. Il est clair que beaucoup plus pourrait être fait. Mais il faut tenir compte des procédures propres à chaque bailleur de fonds. Il est impensable que la communauté internationale puisse abandonner la RCA pendant la crise actuelle. Au fait, en vue d'atteindre les objectifs du millénaire pour le développement, il serait souhaitable que les plans de relance incluent une composante « aide au développement ».

Mercredi 25 Février 2009
Propos recueillis par Nicolas Ndagiyé





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