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Point de vue.  Promouvoir l'entreprenariat en CentrafriqueL'entrepreneuriat en Centrafrique doit etre vu comme une solution durable à la crise qui depuis des années paralyse l'économie centrafricaine. Lorsque nous savons que notre budget est essentiellement fiscal alors qu'il y a presque pas de sociétes pour créer de la richesse. Suivez l'excellente analyse de investic ci-dessous. Privat KANGUI
S'il existait un classement des pays où la culture politique règne en maître au détriment de toute initiative économique ou sociale, personne ne s'étonnerait de voir le Centrafrique, pour une fois, figurer dans les meilleures places.
Voilà un pays où l'idée généralement répandue consiste à penser que seule la politique est capable d'apporter des solutions aux déséquilibres macro-économiques et quiconque accède à la sphère politicienne se voit automatiquement attribuer les capacités nécessaires pour développer son pays. Le Centrafrique, pays où la réussite individuelle passe forcément par des hautes responsabilités dans l'administration, où la jeunesse, très politisée au demeurant, axe sa recherche d'emploi en priorité dans la fonction publique.
Près de cinquante ans après l'indépendance, l'omniprésente culture politique n'a produit aucun effet significatif sur le plan économique : une très faible croissance du PIB de 3,5% en 2006 selon les sources gouvernementales, un déficit du solde primaire de 12 milliards de CFA et des arriérés de paiement représentant près de 27% du PIB (chiffres de 2004) et surtout, une aide publique au développement représentant en moyenne 150% des recettes publiques au cours des années 1994-1998 selon le PNUD. Sur le plan commercial, les crises politiques et militaires successives ont conduit a une diminution importante des entreprises industrielles à forte valeur ajoutée, provoquant ainsi une chute sensible des recettes fiscales et douanières du pays.
Malgré cette analyse accablante, il existe bien des pistes à envisager, au premier rang desquelles figure le développement du secteur privé à travers la promotion de la culture de l'entrepreneuriat, dans le domaine des micro et petites entreprises (MPE) en particulier. La création d'entreprise dans le domaine des MPE n'est pas un phénomène récent en Centrafrique mais elle se limite exclusivement à quelques unités de distribution de produits alimentaires et de grande consommation détenues surtout par des étrangers. Pour les populations urbaines et rurales qui se lancent dans l'aventure, il s'agit plutôt d'une réaction aux déséquilibres et aux incertitudes institutionnelles qui ont durement perturbé l'économie centrafricaine ces trois dernières décennies.
Pourtant les MPE constituent un levier essentiel du développement, en ce sens que les effets d'entraînement sur le reste de l'économie en matière de création d'emplois, de valorisation des ressources naturelles locales, et de réduction de la pauvreté sont réels. Il apparaît donc nécessaire que la mise en œuvre de mesures visant à la création de MPE, en particulier, et la promotion d'un secteur privé dynamique, en général, devienne aujourd'hui l'un des enjeux majeurs des politiques de développement en Centrafrique.
Pour parvenir au degré supérieur de croissance économique durable, il faudra un secteur privé plus dynamique et plus important grâce à un investissement intérieur massif. Qu'on se le dise, les Centrafricains doivent avant tout compter sur leurs propres forces, abandonner cette philosophie de l'assistanat, qui a jusqu'ici montré ses limites en matière de développement économique, au profit d'une véritable culture innovante de l'entrepreneuriat.
La promotion du secteur privé en Centrafrique ne peut se concevoir que dans un environnement des affaires favorable grâce au renforcement de la sécurité des biens et des personnes, une stabilité macro-économique et une régularité de la croissance économique. Ceci n'est possible que si les autorités font preuve d'une réelle volonté politique de mettre le développement du secteur privé au cœur du développement économique par le renforcement des infrastructures économiques, l'assouplissement des formalités de création d'entreprise, la mise en œuvre de dispositifs de financement, d'appui et d'accompagnement des entreprises et l'adoption d'une Charte des MPE à l'image de celle en place au Sénégal.
Ces nouveaux choix stratégiques pourraient constituer une excellente alternative et offriraient des perspectives plus prometteuses par rapport à la politique ambivalente, jusqu'ici menée, axée à la fois sur la commercialisation des matières premières brutes, des ressources minières et une tentative de valorisation de celles-ci par l'industrialisation. Nul n'est besoin d'être économiste pour s'apercevoir que cette politique a, jusqu'ici, échoué en Centrafrique.
Les candidats à la création d'entreprise doivent faire preuve, non seulement de courage et d'abnégation afin de surmonter les obstacles tant administratifs que financiers, mais aussi de dynamisme et d'innovation afin d'éviter les phénomènes de mimétisme entraînant souvent une saturation des marchés et le délaissement d'un pan entier de secteurs d'activités. Par ailleurs, une sensibilisation aux enjeux du commerce solidaire et équitable est nécessaire, de même que l'incitation à la création de coopératives dans tous les domaines d'activités économiques.
Les défis que pose la mondialisation au développement économique en Centrafrique se traduiront bientôt par une ouverture plus importante du marché national aux produits venant de l'extérieur, avec notamment les nouveaux Accords de Partenariat économique (APE) entre l'UE et la Cemac qui supprimeront, d'un côté comme de l'autre, les droits de douane sur les importations. La réduction des recettes fiscales de l'État qui découlerait de ces accords pourrait être atténuée, voire contrebalancée, si l'État élargissait son assiette fiscale par la promotion d'un secteur privé fort et dynamique.
La nouvelle génération centrafricaine est porteuse d'espoir car plus consciente des enjeux de développement économique et plus avertis des errements du passé qui continueront de maintenir longtemps l'économie sous perfusion si rien n'est fait d'ici là. Cette génération n'a de choix que de s'investir durablement et collectivement dans la voie de la création d'entreprise. Fabrice YANOU |
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